L'histoire de mon "Fuimos"
- georginavargas0
- 12 août
- 4 min de lecture
Chaque tango raconte une histoire. En quelques minutes seulement, il nous invite à vivre une expérience qui peut — ou non — faire écho à quelque chose que nous avons vécu. La ressemblance n'est peut-être pas littérale, mais il y a toujours une émotion, une situation ou un sentiment qui nous permet de nous reconnaître dans l'un de ses personnages.
C'est exactement ce qui m'est arrivé avec « Fuimos », le tango écrit par Homero Manzi. Manzi disait lui-même qu'il ne pouvait pas écrire en inventant des histoires ; il ne pouvait écrire qu'en se souvenant.
Au fil du temps, une histoire s'est répandue selon laquelle Manzi aurait écrit ce tango parce qu'il pressentait la fin de sa vie. Selon cette interprétation, il aurait voulu mettre fin à une histoire d'amour afin d'épargner à la femme qu'il aimait l'immense douleur de sa disparition. Cette histoire est-elle vraie ? Nous ne le saurons peut-être jamais.
Ce que nous savons, en revanche, c'est que chacun vit un tango à travers le prisme de sa propre histoire. Nos souvenirs, nos amours, nos pertes et nos blessures façonnent inévitablement la manière dont nous comprenons et ressentons une œuvre.
Cette vidéo est ma façon de raconter une histoire : l'histoire de mon propre Fuimos. Ce n'est pas le récit littéral de ma vie, mais il est né d'une émotion qui lui ressemble profondément.
Dans cette vidéo, je lis une lettre que je découvre à l'intérieur d'un ancien disque d'Aníbal Troilo, précisément celui où figure Fuimos. Puis je regarde dans un miroir et j'y vois son reflet… le reflet de celui qui n'est plus là. Je cherche cette lettre, je commence à la lire, et, au fil de ses mots, reviennent les souvenirs d'une vie remplie d'amour et de bonheur. En même temps, je revis l'instant où cette lettre est arrivée entre mes mains.
Dans cette histoire, cette lettre a été écrite par lui comme un adieu. Il choisit de mettre fin à leur relation avant de mourir, convaincu qu'il pourra ainsi épargner à la femme qu'il aime la souffrance insupportable de sa perte.
Certains pensent que Fuimos parle de la fin d'une relation toxique. Pour ma part, je le ressens tout autrement. J'y vois l'histoire d'un amour immense et inconditionnel : celle d'un homme qui aime si profondément qu'au seuil de la mort, il croit que s'éloigner est le plus grand acte d'amour qu'il puisse offrir, dans l'espoir d'atténuer la douleur de celle qu'il aime.
C'est cette histoire que je vois et que je ressens chaque fois que j'écoute ou que je chante ce tango.
Oscar, mon mari et mon partenaire de danse, avec qui j’ai partagé vingt années de ma vie et qui est décédé le 20 mars 2025 des suites d’une tumeur, me demandait pardon, durant les derniers mois de sa vie, pour la douleur que me causait le fait de le voir souffrir, et pour l’immense douleur qu’il savait que sa mort allait entraîner.
Pour moi, ce fut l’une des expériences les plus bouleversantes de ma vie : voir que sa capacité d’aimer était plus grande que le propre calvaire qu’il traversait, et que, même au cœur de sa propre souffrance, il se préoccupait davantage de ma douleur que de la sienne.
C'est pourquoi ce tango lui est dédié : Oscar Mandagaran, un homme qui a aimé de toute la force de son cœur, sans réserve, jusqu'à son dernier souffle.
Aujourd'hui, 13 août 2026, tu aurais eu 57 ans…
Je t'aime et je te porterai toujours en moi.
Enregistré à Buenos Aires en décembre 2025, avec le grand pianiste Oscar De Elia, au studio d'Ariel Pirotti.
Le clip vidéo a été réalisé par STP Producciones et dirigé par Milagros Mandagaran (la fille aînée d'Oscar) et Matías Kai.
Remerciements
Un merci tout particulier à Oscar de Elía, pianiste et partenaire musical, pour ses conseils, sa sagesse et son immense sensibilité expressive. Tout son art est au service de mon interprétation, afin que je puisse, en tant qu’interprète, raconter l’histoire et non simplement la chanter. Sa manière d’accompagner, d’écouter et de comprendre chaque mot et chaque émotion fait de la musique un véritable dialogue.
Je tiens également à remercier Leonardo Bedoya pour sa participation en tant que protagoniste de cette histoire, ainsi que mon coach vocal de tango, le grand chanteur Carlos Rossi, dont la présence et l’enseignement ont été si importants pour moi. La couverture du livre que l’on voit dans la vidéo est précisément celle de son livre, Con el corazón en la garganta.
Je souhaite également remercier Roque, le concierge de mon immeuble, qui apparaît dans l’une des scènes. Roque connaissait Oscar et a été témoin de notre histoire, ce qui donne à sa participation une signification toute particulière pour moi.
Et un autre merci tout particulier à mon petit chien Baruj, qui a dû refaire plusieurs fois la scène de sa sortie pour la promenade… jusqu’à ce qu’il se résigne finalement à comprendre que, cette fois-ci, il n’allait pas sortir ! 🐾❤️
À vous tous, merci d’avoir fait partie de cette histoire et de m’avoir aidée à la raconter depuis un endroit si vrai, si proche et rempli de cœur.




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